Qu’est-ce qu’une Fiction corporelle ?

Des pratiques documentaires ?

Oui ! On peut se sentir devenir chauve-souris ou particule quantique,
mais tout ça, c’est réversible, c’est de la fiction.

Les Fictions Corporelles sont des représentations, non pas graphiques, mais somatiques. Lors d’un atelier, vous êtes guidé et vous sentez devenir l’entité représentée. Vous la comprenez depuis l’ensemble des facultés de votre être humain.

Ni en face d’un écran, ni en surplomb d’une image,
vous êtes au niveau de ce qui est représenté.
Mieux : vous faites corps avec.

Il est impossible de comprendre ce qu’est une Fiction corporelle avant d’en avoir fait l’expérience, trois heures durant.

Pour qui ?

Parmi le public d’une fiction corporelle on peut généralement trouver :

  • des personnes concernées spécifiquement par l’entité représentée.
  • des aventuriers de la création de soi : danseurs, sportifs, praticiens somatiques, thérapeutes, auteurs, etc.
  • des aventuriers de la chose politique : philospohes, chercheurs en sciences politiques, médiateurs, facilitateurs en intelligence collective, etc.

Le corps humain est la forme de départ que l’imagination va déformer pour y acceuillir l’anatomie d’un cachalot

Dans quel lieux ?

Des Fictions corporelles ont étées vécues dans les lieux suivants :

  • Dans des lieux artistiques identifiés, galerie, espace d’exposition, salle de spectacle.
  • En festival.
  • Dans des espaces de pratiques somatiques, ou pratiques de connaissance par le corps.
  • À domicile chez des particuliers avec leurs voisins et amis.
  • Dans divers stages à destinations de dirigeants d’entreprises, de formateurs en éducation populaire, d’agents territoriaux, de chercheurs.
  • En université, dans ou autours de séminaires universitaires.
  • En lycée agricole.
  • En BTS Gestion et conservation de l’environnement.
  • Dans un espace de recherche en design d’instances politiques.
  • Dans la salle du conseil municipal de Gentioux…

Êtes-vous un gourou ?

Non. Je ne peux transformer personne contre son gré.

« Je n’ai pas pu faire partie du troupeau comme tu le suggérais. C’est que dans le troupeau, il y a déjà un mâle, c’est le taureau. Et moi, je suis un mâle aussi, mais je suis l’éleveur. Il ne peut pas y avoir deux taureaux dans le troupeau, ça serait ingérable. Moi, je dois rester l’éleveur. »

Un participant à l’évaluation d’un prototype de Lou pastoral. Juillet 2019.

Les Fictions corporelles sont des œuvres-ateliers.
Je les propose sous ma casquette d’artiste.
D’un artiste, on n’attend pas une vérité, d’un artiste on s’attend plutôt à être étonné.
La casquette d’artiste est un des moyens que j’ai trouvé pour déjouer l’habitude scolaire selon laquelle quand on entend une consigne, on doit y répondre, et on doit le faire bien. Or, il est apparu que si des auditeurs d’une Fiction corporelle se sentent obligés -ou s’obligent- à appliquer les consignes, il leur devient très difficile de vivre l’expérience déroutante de se sentir devenir autre qu’humain.

Vous êtes à la fois interprète de mes consignes et spectateur de votre interprétation, de l’intérieur. Quelle que soit la manière dont vous agissez ou pas ces consignes, quelle que soit la manière dont vous les écoutez ou pas, tout ce que vous faites, c’est bien.

J’ai fait l’erreur de proposer une Fiction corporelle dans la suite d’un atelier de la Méthode Feldenkrais. Les participants ont transposé leur manière d’écouter les consignes de ma collègue, sur les consignes de la Fiction corporelle qui suivait. Résultat : Ils ont majoritairement vécu la frustration de ne pas arriver à se transformer. Conclusion bien connue : le contexte détermine la manière dont une consigne peut-être reçue, ou pas.

Mise en correspondance

Un des défis dans l’écriture d’une Fiction corporelle, c’est choisir quel aspect du non-humain mettre en correspondance avec quel aspect de l’humain. Plus les métaphores sont filées longtemps, plus la méthode est fluide.

La surface sur laquelle repose le corps humain représente la surface à travers laquelle flotte le corps cachalot. Le volume au-dessus du corps humain représente la profondeur. La force de gravité représente la force d’Archimède.

Autre exemple, la “Méthode pour se sentir aux dimensions de l’Agglomération de Marseille” met en relation la porosité d’un territoire calcaire qui accueille des migrations depuis plus de 30’000 ans, avec des états poreux du corps humain. Aussi, cette commande pour Marseille 2013 commence par un effort physique modéré, pour exciter le cœur et rendre particulièrement perceptible les ramifications du système vasculaire de l’auditeur.

Dans mes formulations, je m’applique à rendre lisible les analogies, métaphores, homologies et désamorcer les confusions. Par exemple, la confusion que pourrait recouvrir le terme énergie, qui prend un sens différent pour le physicien et pour le pratiquant d’art martial.

Le seul organe préhenseur d’une louve, c’est sa gueule. Comment accueillir ça depuis mon être humain ? Si je prends le bâton dans ma main, c’est vrai, je le tiens. Mais dans ma main, il n’est pas en relation avec mon système digestif, enfin pas autant que si il était dans ma bouche. Mais -il y a encore un mais-, si je le met dans ma bouche, je vais me poser des questions qui relève de l’hygiène du bâton, des gens qui l’on mordu avant moi, etc. Or, ces questions sont très humaines, elles me distraient du projet devenir louve.
Voici un bâton, comment vous y prendrez vous ?

Vous avez dit pratique somatique ?

Je reçois souvent des questions du type : Les fictions corporelles sont elles de l’hypnose ? De la sophrologie ? De la médiation ou de la méditation ? De la danse ? Une forme d’intelligence collective ? Une médiation animale ? Oui, les Fictions corporelles se nourrissent de toutes ces pratiques, et d’autres encore. Pourtant, on ne peut les y assimiler. L’intention fondamentale d’une fiction corporelle est de représenter, dans tous les sens du terme. Ce n’est pas une pratique de bien-être.
C’est une pratique bien étrange, je vous l’accorde ! Enfin pas plus qu’une séance de cinéma documentaire. Encore une fois, affirmer que j’interviens comme artiste laisse un champ très ouvert.

La méthode pour devenir cachalot est construite de telle manière que vous puissiez facilement reprendre le fil si vous venez à vous endormir. Même si votre corps cachalot n’a pas développé de nageoire caudale, vous pourrez parfaitement apprécier une plongée à grande profondeur.

Dans le champ des pratiques somatiques, les Fictions corporelles occupent une position singulière en soutenant spécifiquement des enjeux de représentation. En effet, dans le cadre d’autres pratiques somatiques, il est commun qu’une enseignante, un thérapeute ou une coach propose aux participants de devenir animal, plante, vent, etc.. Ces images sont alors généralement utilisées pour leur capacité à transmettre de manière synthétique une grande quantité d’informations (mouvements ou qualité de corps) pour guider les auditeurs vers un état spécifique. L’objectif est alors d’atteindre l’état, mais la cohérence entre l’entité et la manière dont elle est incarnée importe peu… A la différence d’une Fiction corporelle, qui est le fruit d’une recherche de cohérence, pour les enjeux de la représentation.

vous sentez deux mouvements
la vigilance qui vous ramène vers le troupeau
la curiosité qui va vers l’extérieur
ça peut durer un moment comme ça
vous allez donner cours à votre curiosité jusqu’à trouver une sérénité dans cet espace

Peut-être vous demandez vous alors comment se fabrique une Fiction corporelle ?